
Optimisation des systèmes à boues activées – L’importance du rapport C:N:P et comment le maintenir
18 juin 2026
Optimisation des systèmes à boues activées – L’importance du rapport C:N:P et comment le maintenir
18 juin 2026
Nous oublions parfois qu’il n’y a pas si longtemps, les eaux usées du Québec étaient déversées sans traitement dans nos lacs, nos rivières et nos cours d’eau : directement dans cette ressource bleue précieuse qui constitue l’une des grandes richesses de notre territoire.
Bien que la Régie des eaux ait publié, dès 1960, des directives encadrant leur gestion et que la Loi sur la qualité de l’environnement ait été adoptée en 1972, plusieurs années se sont écoulées avant que des mesures efficaces et concrètes soient mises en œuvre.1
À la fin des années 1970, moins de 2 % de la population québécoise était desservie par un réseau d’égout relié à une station d’épuration. À cela s’ajoutaient les rejets issus des grandes industries ainsi que des pratiques agricoles encore peu réglementées.1 La détérioration des cours d’eau du Québec se réalisait alors à vitesse grand V.
Jusqu’à la fin de 1999, le gouvernement du Québec mit les bouchées doubles afin d’atteindre l’objectif de traiter les eaux usées de 98% de la population desservie par un réseau d’égout.1
Aujourd’hui, où en sommes-nous?
En 2025, ce sont 101 105 kilomètres de conduites et 10 659 ouvrages qui assurent la gestion des eaux potables, usées et pluviales du territoire. À l’heure actuelle, si toutes ces infrastructures devaient être remplacées, c’est 197,6 milliards de dollars qui devraient être investis.2
Heureusement, selon le bilan mené par le Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU), la majorité de ces infrastructures, soit 67%, sont encore en bon état. Toutefois, près de 10 % sont considérées comme étant en état mauvais ou très mauvais. À lui seul, ce 10 % représentent une valeur de remplacement de 20,6 milliards de dollars. Il ne faut pas non plus négliger les 23 % d’infrastructures dont l’état est jugé acceptable.2 Bien qu’elles soient toujours fonctionnelles, leur entretien demeure essentiel afin de prévenir leur détérioration dans les années qui suivent.
Sur les 20,6 G$ requis pour remplacer les infrastructures en piètre état, 72 % sont attribuables aux villes de plus de 100 000 habitants.2 Ce constat met en lumière la concentration des déficiences dans les grands centres urbains. Ayant été parmi les premières à se doter de systèmes de gestion des eaux entre les années 1950 et 1980, ces villes abritent aujourd’hui les infrastructures les plus anciennes.2 Le vieillissement des réseaux, combiné aux besoins accrus en réhabilitation et à la forte densité de la population, entraîne inévitablement son lot de défis dans le maintien d’une gestion efficace de l’eau.
La pérennité de nos ouvrages de traitement des eaux est en péril en raison du déséquilibre croissant entre les revenus et les dépenses associés à nos infrastructures. En 2023, les revenus générés par les services d’eau couvraient seulement 40 % des coûts totaux. Pour combler cet écart, les municipalités doivent recourir aux programmes de subvention gouvernementaux (PRIMEAU 2023, TECQ 2024-2028), lesquels peinent à répondre à l’ensemble des demandes.3
Quels facteurs contribuent à l’explosion des coûts de modernisation des infrastructures ?
D’abord, il est vrai que les normes imposées aux usines de traitement se sont fortement renforcées au fil des années. En effet, un meilleur contrôle des polluants acheminés aux stations de traitement se traduit par une optimisation en continu des technologies à mettre en place. Les exigences sont plus élevées, en raison d’une meilleure compréhension des impacts environnementaux.
Ce ne sont pas ces avancées qu’il faut remettre en question, mais plutôt le système sur lequel elles doivent être appliquées. Le modèle de gestion de l’eau au Québec, comme ailleurs en Amérique du Nord, est centralisé4 :

La solution retenue lorsque la population se densifie demeure souvent la même : agrandir les stations, mettre à niveau les conduites et augmenter la capacité. Malheureusement, le modèle centralisé atteint aujourd’hui ses limites économiques et physiques4.
Les villes voient leur développement freiné par la saturation des stations de traitement. Ces dernières parviennent à peine à absorber les pics de débit générés lors des épisodes de pluie intense, de plus en plus fréquents. Les changements climatiques deviennent alors un facteur incontournable à considérer, puisqu’ils ont un impact direct sur la qualité et la disponibilité des ressources en eau.
Une réflexion commune par rapport à l’avenir de la gestion de cette richesse s’impose. Pendant des années, l’eau a été perçue comme une ressource inépuisable, sans réelle considération pour ce que son utilisation implique en amont ou en aval. Une fois intégrée dans le réseau, elle devenait sous l’entière responsabilité des usines municipales. Ce modèle a progressivement instauré une distance entre l’usager et sa consommation.
En 2023, le Rapport annuel sur l’usage de l’eau potable du gouvernement du Québec révélait que 68% de l’eau consommée sur le territoire provenait du secteur résidentiel.3 Cette donnée met en évidence l’importance de renforcer la sensibilisation à une consommation responsable de l’eau auprès de la population. Cette ressource essentielle ne doit pas être négligée.
En 2024, certaines municipalités du Québec peinaient encore à fournir à leurs citoyens une eau potable de qualité. À La Martre, en Gaspésie, le maire révélait que les citoyens sont soumis à un avis d’ébullition de l’eau depuis août 2000 en raison du vieillissement du réseau d’aqueduc et des nombreux bris qui l’affectent. Depuis plus de vingt ans, ces citoyens paient pour un service qui ne leur permet même pas d’avoir accès à une eau potable conforme.5
Cette réalité rappelle que l’eau demeure une ressource précieuse et vulnérable. Alors que certaines communautés luttent quotidiennement pour accéder à une eau de qualité, d’autres continuent de la consommer sans mesurer les conséquences qu’implique son utilisation.
La protection de cet or bleu repose sur chacun de nous. Préserver cette ressource essentielle commence par une prise de conscience de l’impact que nos habitudes de consommation peuvent avoir sur sa qualité et sa disponibilité.